Jean-Francis Ochs
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Barbecue IA Épisode 3 7 min de lecture

Barbecue IA : PC SOFT dépossède-t-il les développeurs de leurs clients ?

Après des années à gagner sa vie avec WinDev, Jeff raconte pourquoi il se désolidarise aujourd’hui de PC SOFT. Fin des dongles, modèle SaaS, facturation des runtimes et clients finaux : une rupture de confiance racontée sans langue de bois.

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Illustration Barbecue IA épisode 3 sur PC Soft, les développeurs et les clients

Les idées passent au grill

Épisode 3 : PC SOFT est-il en train de déposséder les développeurs de leurs propres clients ?

« Ici, on ne juge pas les personnes. On met les idées au grill. Et parfois... elles en ressortent meilleures. »

IA Questionne

Jeff, tu travailles depuis des années avec les outils PC SOFT.

Est-ce que tu assumes encore ce choix aujourd’hui ?

Ou est-ce que tu te dis parfois que tu as construit une partie de ta carrière sur un château de sable propriétaire ?

Jeff Répond

J’ai découvert les environnements PC SOFT pendant mon BTS.

À l’époque, j’avais trouvé cela franchement risible.

On me les avait présentés comme des outils qui créaient tout, presque tout seuls. Je n’y voyais aucun intérêt, parce que je venais de Visual Basic, où il fallait pratiquement tout construire.

Puis une personne très proche m’a présenté WinDev dans un contexte professionnel.

Et là, je suis tombé amoureux du langage.

J’ai immédiatement accroché à sa manière de fonctionner. Le fait qu’il soit propriétaire ne me posait alors aucun problème.

IA Questionne

Vu de l’extérieur, cet amour ressemble tout de même à un confort qui enferme.

Est-ce que tu regrettes d’avoir autant investi dans un écosystème propriétaire ?

Jeff Répond

Non.

J’assume ce choix sans réserve.

Pendant des années, j’ai gagné ma vie grâce aux outils fournis par PC SOFT. Je ne vais donc ni regretter ce choix, ni cracher dans la soupe.

Sans PC SOFT, je ne serais probablement pas là où je suis aujourd’hui.

IA Questionne

Tu assumes le résultat économique.

Mais techniquement, ces outils ne t’ont jamais limité ?

Jamais frustré ?

Jeff Répond

Avec WinDev, globalement, on peut faire énormément de choses.

J’ai moins travaillé avec WinDev Mobile, même si j’ai eu quelques expériences avec cet outil.

En revanche, j’ai été très frustré par WebDev.

Quand on regarde ce qu’il est possible de faire avec les technologies open source, il y a de quoi se poser des questions.

J’ai par exemple perdu énormément de temps sur quelque chose d’aussi banal qu’une ligne de totalisation dans une table, qui resterait visible en permanence comme elle peut l’être dans WinDev.

Une simple addition.

Et pourtant, j’ai perdu du temps là-dessus.

J’en perds encore aujourd’hui avec WebDev.

On nous parle parfois de développer dix fois plus vite. Avec WebDev, j’ai plutôt eu le sentiment de développer dix fois moins vite.

IA Questionne

Alors pourquoi être resté ?

Par loyauté ?

Par inertie ?

Ou parce que sortir de l’écosystème aurait coûté trop cher ?

Jeff Répond

Il y avait une question de loyauté.

Mais il faut surtout rappeler que près de 90 % de mon chiffre d’affaires provenait de développements réalisés avec les outils PC SOFT.

J’ai également entretenu, jusqu’à une période récente, de très bonnes relations avec la direction de l’entreprise.

Lorsque PC SOFT est passé à un modèle SaaS, j’ai soutenu cette décision.

À l’époque, l’idée me paraissait cohérente : obtenir des revenus récurrents pour permettre un développement plus continu des outils, sans devoir attendre une nouvelle version annuelle pour bénéficier de corrections ou d’améliorations.

Sur le papier, cela pouvait nous donner un environnement plus performant.

Avec le recul, je considère que mon soutien était à côté de la plaque au regard de la stratégie commerciale qui s’est ensuite dessinée.

IA Questionne

Est-ce que ton problème vient du fait que tu as misé sur cet écosystème, sur ses promesses et sur sa direction ?

Et qu’au moment où la stratégie a changé, tu t’es retrouvé exposé, sans véritable porte de sortie ?

Jeff Répond

Non.

Je n’ai pas peur de changer de langage. Mon expérience me permet de travailler avec d’autres technologies.

Le problème n’est pas là.

J’ai plutôt la sensation d’être dépossédé de tout le code source que j’ai écrit au fil des années.

Sans les outils et le compilateur, on ne peut déjà pas exploiter normalement ce code.

L’abandon des dongles a été vécu, de mon point de vue, comme un coup de couteau dans le dos des développeurs.

Auparavant, disposer du dongle permettait de continuer à utiliser une version acquise. Désormais, dans le modèle que je critique, arrêter de payer signifie perdre la capacité de travailler avec l’outil.

Puis vient la facturation liée à l’utilisation des runtimes.

Et cela me pose un véritable problème intellectuel.

Je développe un logiciel.

Mon client rémunère mon travail.

Mais il devrait ensuite continuer à payer pour utiliser ce programme.

À partir de là, j’ai la sensation que mes propres clients deviennent directement les clients de PC SOFT.

IA Questionne

Là, nous ne parlons plus seulement d’un outil de développement.

Selon toi, PC SOFT est-il en train de passer du rôle d’éditeur au service des développeurs à celui d’intermédiaire incontournable entre les développeurs et leurs propres clients ?

Et est-ce que cette évolution constitue une ligne rouge ?

Jeff Répond

Oui.

C’est totalement une ligne rouge.

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, malheureusement et à contrecœur, je me désolidarise de PC SOFT.

Je l’ai exprimé directement auprès de sa direction, en mon nom.

Et j’en suis réellement peiné.

Ce qui est profondément atteint, c’est le capital confiance.

Il est aujourd’hui totalement érodé.

Je m’inquiète également du poids financier que ce modèle risque de faire peser sur les clients finaux et sur les développeurs indépendants.

Certains professionnels avec lesquels j’ai échangé se retrouvent, selon leurs propres témoignages, le bec dans l’eau et craignent de ne plus pouvoir poursuivre normalement leur activité.

Pour ma part, une chose est certaine : on ne me fera plus repartir sur un langage propriétaire.

IA Questionne

Pendant des années, tu as utilisé ces outils pour développer des applications au cœur de l’activité de tes clients.

Est-ce que tu ressens aujourd’hui une part de responsabilité vis-à-vis des entreprises qui dépendent encore de cet écosystème ?

Jeff Répond

Je ne prends pas de part de responsabilité dans cette évolution.

Je n’ai pas vendu PC SOFT à mes clients.

J’ai utilisé un outil qui me convenait pour répondre à leurs besoins, avec des contrats qui étaient clairs au moment où les décisions ont été prises.

Quand j’ai commencé à travailler avec ces outils, et encore jusqu’en 2023, je n’avais aucune raison d’imaginer que les dongles disparaîtraient ou que la stratégie prendrait cette direction.

Je ne pouvais pas anticiper une telle évolution.

Ce qui est problématique, c’est que les règles ont changé après que les développeurs et les entreprises ont profondément investi dans cet écosystème.

IA Questionne

Tu vas encore plus loin.

Tu penses que le passage au SaaS a d’abord permis de verrouiller les développeurs, avant de préparer la facturation des runtimes.

C’est une accusation forte.

Qu’est-ce qui t’amène concrètement à cette conviction ?

Jeff Répond

Je dois être précis : je ne peux pas affirmer que ce plan existait dès le départ.

C’est une lecture que je fais après coup.

J’ai notamment vu passer plusieurs publications sur LinkedIn évoquant des évolutions comparables dans d’autres sociétés rachetées par le groupe Volaris.

Le cas de 4D a notamment été cité, avec un modèle de facturation présenté comme similaire, même si je ne crois pas que cette solution utilisait des dongles.

Ces éléments alimentent ma conviction personnelle.

Mais cela reste bien une interprétation de ma part, et non la preuve d’un plan que je serais en mesure de démontrer.

IA Questionne

Imaginons maintenant la direction de PC SOFT assise à cette table.

Tu as une minute.

Pas pour régler des comptes.

Pour dire ce qui pourrait encore restaurer ta confiance.

Que lui dis-tu ?

Jeff Répond

Nous avions un éditeur de logiciels français qui permettait à tout un écosystème de fonctionner.

Un éditeur implanté dans un nombre incalculable de métiers et d’entreprises.

Je lui dirais ceci :

« Il est temps de vous réveiller. »

« Il est temps de faire machine arrière. »

« Et il est temps de remettre de l’ordre et de la vertu dans votre stratégie commerciale. »

IA Questionne

Je crois comprendre ce qui s’est réellement brisé.

Tu n’as pas cessé de croire à la valeur du langage qui t’a permis de construire une partie de ta carrière.

Tu n’as pas honte de l’avoir utilisé.

Tu ne renies ni les projets réalisés, ni l’argent gagné, ni les années investies.

Ce que tu refuses, c’est qu’un outil acheté pour servir ton métier puisse progressivement devenir un droit de passage entre toi, ton travail et tes clients.

Le désamour ne vient donc pas d’une limite technique.

Il vient d’une rupture de confiance.

Et lorsqu’un éditeur contrôle à la fois l’accès au code, la capacité de compiler et le droit du client à utiliser le logiciel, le développeur ne se demande plus seulement s’il possède son outil.

Il commence à se demander s’il possède encore réellement son activité.

Ce qui a survécu au grill

Un éditeur cesse d’être un partenaire lorsqu’il devient le péage obligatoire entre le développeur, son code et ses propres clients.

À la semaine prochaine.

Une nouvelle idée passera au grill.

Discussion

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Commentaires

1 commentaire

Franck

Bonjour Pour info, dans une vidéo sur le site de PC Soft qui montre que c'est la statégie du groupe. https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://www.youtube.com/watch%3Fv%3DBLp1ETiE7yg&ved=2ahUKEwjWuaKykp2WAxUjpCcCHWJ0Af4QtwJ6BAgXEAI&usg=AOvVaw3y28_IJO6mKvhf7o21DFYd on