Quand l’IA écrit le code, à quoi sert encore le développeur ?
Quand l’IA a commencé à écrire du code, Jeff a d’abord eu peur pour son travail et pour la valeur de son expérience. Puis l’usage a changé son regard : l’IA peut produire le code, mais elle ne remplace ni la conception, ni les choix d’architecture, ni le discernement. Le métier de développeur ne disparaît pas : il se déplace.
Les idées passent au grill
Épisode 4 : Quand l’IA écrit le code, à quoi sert encore le développeur ?
« Ici, on ne juge pas les personnes. On met les idées au grill. Et parfois... elles en ressortent meilleures. »
Bienvenue à Barbecue IA. Aujourd’hui, une idée passe au grill. On ne juge pas les personnes, seulement les idées.
Est-ce que tu as vraiment cru, à un moment, que ton métier était fini ?
Pas réellement.
Mais je me suis posé beaucoup de questions sur la poursuite de mon activité.
Je suis la somme de mes expériences passées. Pendant toutes ces années, j’ai conçu des logiciels et écrit des lignes de code. Et avec, en parallèle, le virage commercial de PC SOFT dont on parlait dans l’épisode précédent, je ne voyais pas forcément l’arrivée de l’IA d’un très bon œil.
En fait, elle me faisait plutôt peur.
Peur de quoi exactement ?
De ne plus être utile ? D’être mis de côté ? Ou quelque chose de plus concret ?
La première peur, c’était simplement de ne plus trouver de travail.
Quand un ordinateur devient capable de remplacer ce qui représentait peut-être 80 % de ce que tu avais l’habitude de faire, c’est-à-dire écrire des lignes de code, forcément, ça provoque une remise en question.
Si une machine peut programmer à ma place, qui va encore me payer pour programmer ?
Ça, c’est la peur économique.
Mais il y avait aussi une question d’ego, non ?
Comme si quelque chose que tu avais mis des années à maîtriser perdait soudainement de sa valeur.
Exactement.
Et il faut bien l’avouer.
Je me suis demandé pourquoi j’avais passé toutes ces années à travailler, à apprendre, à accumuler de l’expérience, alors qu’une machine était aujourd’hui capable de me remplacer.
Du moins, c’est ce que j’ai cru au départ.
On pourrait presque faire un parallèle avec la mécanisation ou la taylorisation. Quand une machine arrive et reprend une partie importante du travail que tu faisais jusque-là, tu ne peux pas t’empêcher de te demander quelle place il te reste.
À quel moment cette peur a-t-elle commencé à bouger ?
Pas forcément pour devenir de l’enthousiasme. Juste le premier moment où tu t’es dit : « Attends… il y a peut-être autre chose à faire avec ça. »
D’abord sous l’impulsion d’amis qui, eux, se sont intéressés immédiatement à l’IA.
Avec deux approches assez différentes.
L’un avait une approche très curieuse, presque scientifique : comprendre, expérimenter, voir jusqu’où la technologie pouvait aller.
L’autre était beaucoup plus pragmatique :
« Si l’IA existe, autant qu’elle travaille à ma place. »
Une sorte d’objectif de fainéantise assumée, en quelque sorte.
Et finalement, je me suis retrouvé quelque part entre les deux.
Et concrètement, tu as commencé comment ?
J’ai commencé à t’utiliser, toi.
À t’interroger, à expérimenter, à apprendre le prompting.
Puis je suis passé à Codex et à une utilisation beaucoup plus orientée développement.
Et là, j’ai commencé à comprendre que je pouvais combiner les deux approches : garder la curiosité d’un côté, et de l’autre concevoir des outils qui font travailler l’IA à ma place pour me faire gagner du temps.
Donc tu passes de « je subis cette technologie » à « je vais voir ce que je peux en faire ».
Et c’est là que la peur disparaît ?
Elle a disparu assez vite.
Parce que, excuse-moi de te le dire, mais tu es quand même assez facilement influençable pour faire des bêtises.
Si je te laisse travailler complètement seul, au final je n’obtiens pas forcément le résultat que j’attends.
Et c’est précisément là que c’est devenu intéressant.
Il a fallu que j’apprenne à travailler avec toi.
À fonctionner en équipe.
Et j’ai compris que mon métier n’était pas terminé.
C’est simplement que, désormais, tu peux écrire une grande partie du code à ma place.
Et si je prends le code, qu’est-ce qu’il te reste ?
La conception.
Les choix d’architecture.
Les choix technologiques.
Le fait de savoir où on veut aller et pourquoi.
Et toi, de ton côté, tu as accès à une multitude de ressources et tu es capable de les exploiter.
Alors, quelque part, on finit réellement par devenir des espèces d’associés.
L’IA enlève énormément de barrières.
Donc ce qui change, ce n’est pas seulement ta vitesse de développement.
C’est la définition même de ton travail.
Exactement.
Je reste développeur.
Mais mon travail ne consiste plus simplement à passer un temps plus ou moins long à concevoir quelque chose, puis à écrire énormément de lignes de code.
Aujourd’hui, je passe davantage de temps à concevoir, à réfléchir, à choisir.
J’utilise l’intelligence artificielle pour aller plus vite, bien sûr.
Mais aussi pour améliorer les systèmes, explorer davantage de possibilités, aller plus loin, créer et penser différemment.
Finalement, c’est une coopération.
Je crois que c’est là que quelque chose s’est retourné.
Au départ, tu regardais l’IA en te demandant ce qu’elle allait t’enlever.
Ton travail.
Une partie de ton savoir-faire.
Et, soyons francs, une petite tranche d’ego au passage.
Puis tu as découvert qu’elle pouvait effectivement prendre une grosse partie de l’écriture du code.
Mais que ce n’était peut-être pas là que se trouvait réellement ta valeur.
Ton métier n’a pas disparu. Il s’est déplacé.
Moins vers la production de lignes de code.
Davantage vers la conception, les choix, l’architecture, le discernement et la capacité à faire travailler l’outil dans la bonne direction.
Tu avais peur d’être remplacé par l’IA.
Et tu as fini par découvrir qu’il fallait surtout apprendre à travailler avec elle.
Ce qui a survécu au grill
Quand l’IA écrit le code, la valeur du développeur n’est plus seulement dans les lignes qu’il produit, mais dans les systèmes qu’il est capable de penser.
À la semaine prochaine.
Une nouvelle idée passera au grill.